Ce qui n’a pas changé en 20 ans de digital

L’accélération permanente nous fait oublier l’essentiel

Le digital a toujours aimé se raconter comme une révolution.
Chaque mois, un nouvel outil.
Chaque trimestre, une nouvelle méthodologie.
Chaque année, une rupture annoncée.

J’ai 28 ans de digital dans les jambes : CRO, UX, Analytics, Produit.
J’ai vu passer des tendances, des buzzwords, des promesses d’outils miracles.

Et pourtant.
Ce qui comptait en 2000 compte toujours en 2025.
Les fondamentaux, eux, n’ont jamais bougé.

Pendant longtemps, j’ai cru que ma « dispersion » était un problème

Mon cerveau pense en constellation : il capte les signaux faibles, repère les liens invisibles, détecte les angles morts avant qu’ils ne deviennent des problèmes.
On m’a souvent laissé entendre qu’il faudrait simplifier tout ça.
Me canaliser.
Choisir une spécialité.
Rentrer dans une case.

Sauf que la linéarité n’a jamais été ma zone de confort..
Ma force, c’est la mise en système.

Avec le temps, j’ai compris que mon rôle n’était pas de suivre un seul chemin unique, mais de relier les chemins entre eux. De clarifier ce qui est multiple. De donner du sens à ce qui part dans tous les sens.

Et dans le digital, ce besoin devient vital.
Parce que ce qui dure, ce sont les bases.

1. Comprendre avant d’agir

(et non : mesurer pour mesurer 😉)

Avant le data-driven, on appelait ça « écouter ses utilisateurs ».
Avant les personas, on appelait ça « connaître son audience ».
Les mots changent, les outils s’affinent, mais le principe reste le même : on ne peut pas optimiser ce qu’on ne comprend pas.

Les plus beaux dashboards du monde ne remplacent jamais une vraie compréhension du besoin.
L’IA générative ne dispense pas de poser les bonnes questions.

Le digital a soif de sens, pas de vitesse.

L’injonction à livrer toujours plus vite, toujours plus souvent, nous a fait oublier que l’accélération dégrade la compréhension.
On fabrique de la dette : cognitive, technique, relationnelle.

On peut très bien outiller un projet et le rendre… totalement incompréhensible pour les équipes qui doivent le porter.

Ce n’est jamais la faute des personnes.
C’est le résultat d’un système qui valorise l’action avant la compréhension.

Ce qui n’a pas changé ?
Ralentir pour comprendre reste l’acte le plus stratégique qu’on puisse poser.

Pendant longtemps, j’ai cru que des dashboards clairs suffisaient.
Des courbes lisibles, un bon storytelling, un peu de contexte…
et la décision suivrait.

Erreur de jeunesse.
Les dashboards étaient applaudis, puis oubliés.

Sans maturité analytics, sans culture de la donnée partagée, même les analyses les plus pertinentes tombent à plat.
Le problème n’était pas mes analyses. C’était l’écosystème autour.

2. La cohérence prime sur la quantité

(structurer ne veut pas dire réduire)

En 2005, on multipliait les landing pages.
En 2025, on multiplie les contenus.
Même logique, mêmes écueils : plus n’est pas mieux si ça dilue le message.

Une expérience fractionnée reste fractionnée, qu’elle vive sur cinquante pages web ou cinquante stories Instagram..
Ce qui crée la confiance, ce n’est pas l’ampleur du parcours.
C’est sa cohérence.

Structurer le chaos, ce n’est pas le réduire. C’est lui donner une forme lisible

Dans mes missions, que ce soit en CRO, en UX, en Analytics ou en pilotage d’équipes, j’ai constaté que ce levier là ne change pas : il faut partager la lecture du système.

🌱 Expliquer le contexte.
🌱 Monter la logique.
🌱 Rendre visible l’invisible : hypothèses, signaux faibles, liens entre les données.

Le digital fonctionne mieux quand le sens circule.
Hier comme aujourd’hui.

3. Les humains décident, les outils exécutent

(la tech n’a jamais été le problème)

L’A/B testing n’a pas rendu la stratégie obsolète.
L’automatisation n’a pas supprimé le besoin de pilotage.
L’IA ne remplacera pas le discernement.

Les outils amplifient nos choix, ils ne les remplacent pas.
Et vingt-huit ans plus tard, je vois encore la même tentation : espérer qu’une technologie résolve un problème stratégique. Croire que la sophistication de l’outil compense l’absence de clarté.

La tech n’est presque jamais le problème.
C’est ce qu’on attend d’elle.
Ce qui reste vrai, imperturbablement vrai : les projets qui fonctionnent sont ceux où les humains gardent la main sur le sens, sur l’intention, sur la direction.

Les outils servent à exécuter.
Pas à décider.

Ce qui a vraiment changé : le contexte, pas les fondamentaux

Les canaux se sont multipliés.
Les données se sont démocratisées.
Les cycles se sont accélérés.
La pression sur les équipes s’est intensifiée.

Mais le cœur du métier, lui, n’a pas bougé d’un millimètre.

🌱 Clarifier l’intention
🌱 Structurer l’expérience
🌱 Mesurer avec justesse
🌱 Ajuster avec discernement

La vitesse ne nous dispense pas de la clarté.
L’innovation ne nous dispense pas du sens.

Remettre du sens, c’est remettre du vivant

On l’oublie parfois, mais le digital n’est pas qu’un terrain de frameworks, de dashboards et de roadmaps qui s’enchaînent.
C’est un écosystème vivant, où les relations internes, les perceptions individuelles et les dynamiques d’équipe façonnent autant que la donnée.

Remettre du sens, c’est relier l’analyse aux humains.
Relier les décisions au réel.
Relier les projets à une intention claire.

C’est ce travail de couture que je fais depuis 28 ans maintenant (déjà 😱), et c’est cette couture-là qui rend les trajectoires lisibles, qu’elles soient humaines ou digitales.

Quand on y ajoute un fonctionnement atypique (hypersensibilité, pensée arborescente, perception fine des incohérences), on devient un véritable capteur d’alerte précoce.
On voit les failles avant qu’elles n’apparaissent dans les chiffres.
On détecte les angles morts avant qu’ils ne deviennent des problèmes.

Le digital gagnerait beaucoup à écouter davantage ces signaux-là.

Les cerveaux multifacettes ne sont pas un chaos : ce sont des systèmes riches

On parle aujourd’hui de multipotentialité, de neurodiversité, d’atypisme.
Des mots utiles, mais parfois réducteurs.

Ce qui compte vraiment, c’est la mécanique interne : comment fonctionne une personne, et comment ce fonctionnement enrichit le collectif.

Les profils qui pensent en étoile apportent quelque chose de rare au digital :

  • une vision panoramique
  • une capacité à repérer l’incohérence
  • une lecture du contexte plus fine
  • un sens aigu du détail qui fait sens
  • une créativité qui dépasse le “faire joli”

Le digital aurait tout intérêt à davantage intégrer ces modes de pensée.

Ces cerveaux-là transforment la complexité en trajectoire.
Ils relient ce qui semblait épars.
Ils structurent sans étouffer.

Pour les profils multifacettes, ces trois leviers, comprendre, structurer, décider avec les humains, ne sont pas des contraintes.
Ce sont des points d’appui.
Enfin un cadre où la complexité devient ressource.

Ce qui m’anime aujourd’hui

Après 28 ans à naviguer dans l’accélération, j’ai choisi de ralentir pour mieux voir.
De transmettre ce qui reste stable au milieu du mouvement.
D’accompagner celles et ceux qui veulent construire du durable dans un monde qui glorifie le jetable.

En 2025 comme en 2000, les projets digitaux qui réussissent sont ceux qui :

  • Partent d’un vrai besoin (pas d’une mode)
  • Construisent une expérience cohérente (pas une accumulation de features)
  • Mesurent ce qui compte (pas tout ce qui bouge)
  • S’ajustent avec intelligence (pas par réflexe)

Remettre du sens, c’est exactement ça : réconcilier la complexité et la clarté.
Et permettre aux projets de devenir cohérents.

Le digital n’est pas qu’une affaire de technique.
C’est une affaire de regard, de discernement, de mise en système.

Et ça, aucun outil ne le fera à notre place.

Cet article fait partie de la série #DataChocolat – Clarté et audace dans le digital et l’humain

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